Les avocats, les magistrats, les agents des services judiciaires, de l’administration pénitentiaire, de la protection judiciaire de la jeunesse sont invités à se mobiliser.
Les avocats et le Conseil national des barreaux suivent ce mouvement pour dénoncer la suppression du juge d’instruction et le manque de moyens. C’est donc toute la famille judiciaire qui se manifeste. Tous conviennent qu’une réforme du Code de procédure pénale est nécessaire.
La Commission Léger a fait 42 propositions de modification du Code de procédure pénale. Dans cette réforme, il y a deux grands axes, la modification du régime de garde à vue et la suppression du juge d’instruction. La garde à vue sera limitée au seul cas où l’individu risque une peine de prison. Ce qui pose problème, c’est la suppression du juge d’instruction car c’est le procureur qui mène l’enquête et une nouvelle fonction sera créée : le juge de l’enquête et des libertés.
La famille judiciaire va descendre dans la rue à cause de la suppression du juge d’instruction mais aussi en raison du manque chronique de moyens de ladite justice.
1°) La suppression du juge d’instruction
Ce qu’il y a d’extraordinaire c’est que finalement, il y a quelques temps, il était de bon ton, au moment particulier de l’affaire Burgot, de s’acharner sur le juge d’instruction. Ce n’était pas la première fois. Désormais, l’enquête sera menée par le procureur de la République, avec la possibilité pour la défense ou pour les victimes de contester ses décisions devant le juge de l’enquête et des libertés. Ledit juge devra avoir sept ans d’ancienneté et devra bénéficier des mêmes garanties d’indépendance que le juge d’instruction. Il pourra obliger le parquet, par voie d’ordonnance, à procéder à des actes demandés par les parties. En cas de mauvaise exécution par le parquet, la Chambre de l’enquête et des libertés, composée de trois juges indépendants, procèdera à ces actes.
Comment imaginer qu’un procureur de la République, directement nommé par le Garde des Sceaux, aura toute la liberté nécessaire pour même ouvrir son dossier, dès lors qu’il s’agira d’un dossier sensible ?
Statutairement et en l’état, le parquet dépend de sa hiérarchie, son avancement aussi. Une carrière de procureur s’arrête si la hiérarchie le veut, elle s’arrête aussi si un pouvoir politique le veut. Si donc un dossier sensible, genre “politico-financier” pouvait ne pas vraiment avancer, ou même, au fil du temps, s’enterrer tout seul … les procureurs ne peuvent pas être tous des héros.
Le monde judiciaire demande tout simplement que les principes démocratiques soient respectés.
2°) Le manque de moyens
Il est constant et évident. Manque de moyens humains et financiers. Le tout dans un manque de modernité qui laisse rêveur, y compris dans les locaux où la justice s’exerce. L’énorme machine judiciaire, trop lente pour nos clients, l’est surtout en raison de ce manque de moyens. Une justice moderne est une justice équipée, en accord avec le monde dans lequel elle vit, ce n’est absolument pas le cas.
Finalement, ce que veut le monde judiciaire, c’est toute la considération nécessaire à l’exécution de sa mission. La considération passe par des moyens et surtout par une véritable liberté d’action.
Marie-Christine CAZALS
Avocat à la cour